JFK: l’homme derrière le président

Loin des fioritures des livrets d’époque, l’oeuvre est une surprise moderne qui ne fait pas dans la dentelle. Voilà ce à quoi on a eu droit pour la première de cette oeuvre du compositeur David T. Little présentée à la Place des arts, dans la salle Wilfrid-Pelletier (Montréal, QC):

Opéra de Montréal - Salle Wilfrid-PelletierJe crois qu’aller à l’opéra c’est principalement découvrir une version cathartique d’une histoire qu’on connait déjà. C’est découvrir les rouages intimes d’une âme qui endure un mal conditionnel à son existence – ça ne fini jamais bien. Contrairement à la vie, l’opéra ne donne pas de sursis à son protagoniste. Dans la plupart des opéras que j’ai pu voir jusqu’à présent, le destin du protagoniste est déjà annoncé dès les premières notes – soit la mort où une tragédie certaine qui l’amènera dans un gouffre inéluctable. Le personnage meure après s’être battu contre quelque chose qui le dominait (une maladie, un antagoniste, une valeur, une erreur, une émotion) et chante, comme un dernier cris de grâce, pour donner une signification à son existence.

L’oeuvre

L’oeuvre présentée ce soir, montre un John Fitzgerald Kennedy complètement différent de ce que l’histoire nous montre habituellement: visage éteint et corps affaibli par la maladie. Étonnant de croire que ce même homme devint en 1961 à 43 ans, le plus jeune président élu des États-Unis et l’inspiration d’un peuple entier.

Cet opéra qui fut présenté en première canadienne le 27 janvier dernier n’est pas à prendre au premier degré. Il comprend son lot de métaphores qui racontent les étapes importantes de la vie de JFK avant et après sa nomination comme président des États-Unis.

L’homme derrière le politicien

Avec une grande surprise, on retrouve alors un homme dépeint comme dépressif, affaibli par les drames familiaux qui l’accablent et que le temps ne peut effacer de sa mémoire et de celle de sa femme Jackie. On découvre un président qui est fatigué et courbaturé (il portait un corset dorsal de 20 centimètres), qui prenait régulièrement des ions de cortisone, de novocaïnes et de stéroïdes et qui passait son temps dans sa baignoire à soulager sa douleur. Un homme déjà à terre qui peut à peine se lever debout et assumer son poste de président des États-Unis.

La forme et la scénographie sert bien les différentes facettes de l’histoire tragique. Une plaque tournante offrant un aperçu des différente pièces permet aux personnages d’évoluer dans les différentes étapes de la vie du président mais aussi les vies d’un président l’ayant précédé et ayant connu comme lui un destin tragique: Abraham Lincoln, qui fut assassiné par l’acteur John Wilkes Booth en plein milieu du théâtre Ford de Washington, le 14 avril 1965.

L’opéra JFK a été composé par David T. Little et accompagné par le livret écrit par Royce Vavrek, deux jeunes artistes contemporains en pleine ascension. Alors que T. Little a enseigné dans le programme Musical Connections de Carnegie Hall et composé des oeuvres ayant été jouées à Dresde, Londres, Zürich, San Francisco et Chicago, et dans des festivals prestigieux comme Tanglewood ou Aspen, Royce Vavrek se démarque par son implication et sa polyvalence, ayant reçu déjà des commandes de la part de plusieurs institutions en Amérique du Nord, parmi lesquelles on note Opera Theater of Saint Louis, Fort Worth Opera, Opera Philadelphia, Houston Grand Opera. Avant JFK, tous les deux ont collaborés sur un second opéra appelé Dog Days, qui raconte l’histoire d’une famille provenant d’un milieu rural, qui tente de survivre suite à une situation apocalyptique.

@Yves Renaud
@Yves Renaud

La musique et la scénographie

La musique est en effet poignante et ne laisse pas indifférent. Dramatique, les morceaux évoquent le côté sombre et presque immuable du destin de Kennedy – nous ramenant sans cesse au jour fatidique où il sera assassiné, le 22 novembre 1963 à Dallas au Texas. La scénographie est d’ailleurs centrée sur la ville qui sera le théâtre de ce jour fatidique – des lettres en néon géant affichant le mot  »TEXAS » dès la scène d’introduction.

JFK est un opéra à voir pour…

1- La musique déchirante et envoûtante: on ne voudrait pas que celle-ci arrête. Elle domine grandement le jeu des acteurs. Elle est définitivement la colle qui donne une cohésion entre les différents tableaux de l’opéra.

2- La scénographie inhabituelle: Une plaque rotative où des murs séparent et permet des scènes dans des lieux variés.

3- Une approche moderne des thèmes chers aux américains (armes à feu, pouvoir et politique):  cet opéra comporte des scènes violentes, un langage grossier et une scène particulière impliquant plusieurs acteurs…et une prostituée. On illustre un peu à la House of Cards, l’histoire de ce président américain, pourtant aimé du peuple, mais cachant de lourds secrets. Partout, les fils qui le rattachent au pouvoir se détachent…et annoncent sa chute lente et préméditée.

4- Les métaphores illustrant le communisme et la guerre froide: la scène où les russes portent le drapeau communiste très haut à bout de bras. Une scène fort intéressante impliquant un cigare géant et un Gorbatchev prêt à lancer la bombe.

Découvrez la musique et les scènes centrales en visionnant le trailer ci-dessous!

 

Article écrit par Marie-Michelle Demers
Crédit photo de la page couverture: Yves Renaud

À propos de l’auteure

Marie-Michelle Demers travaille à la rédaction du blogue Hurlevent Théâtre depuis 2015. Arpentant les salles de spectacles de la métropoles à la découverte d’oeuvres originales, elle possède la conviction que l’art est une arme pour faire changer les choses au coeur de notre société. Avec sa plume, elle vulgarise le théâtre, l’opéra et la musique, pour permettre à un nouveau publique de découvrir la magie des arts de la scène.

 

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Les charmes méconnus de l’Opéra de Montréal

Allez à l’opéra c’est aussi prendre un verre au bar de la Place-des-Arts, c’est fouler le tapis rouge avec fébrilité et apprécier les œuvres magistrales présentées pour 4 représentations seulement, ce qui confère à l’expérience une certaine rareté.

Nous avons la chance d’accueillir à Montréal des artistes internationaux qui, le temps d’un spectacle, font résonner la salle Wilfrid-Pelletier, accompagnés par l’Orchestre Métropolitain et par le Chœur de l’Opéra de Montréal. Voici donc 4 raisons qui vont vous convaincre de prendre votre abonnement à l’Opéra si ce n’est pas déjà fait 

1) La performance des chanteurs

Car peu importe si vous êtes un mélomane, simplement curieux ou amateur de sorties culturelles, l’intérêt d’aller voir un opéra demeure principalement la performance des chanteurs, qui sont de véritables athlètes qui entraînent leurs cordes vocales à projeter et déployer leur voix, et ce, avec contrôle et justesse. Capables de prouesses vocales extraordinaires, il est plutôt impressionnant  d’entendre des voix féminines capables d’agilité dans le suraigu, exécutant des tonalités sépulcrales ou des voix masculines sombres et profondes, pouvant se rendre dans des tonalités abyssales. Bien que moins connus que les vedettes rock ou pop de ce monde, les chanteurs d’opéra possèdent une candeur et un charisme unique – et doivent suivre une discipline de fer pour exercer leur métier et exécuter les grandes œuvres lyriques, ce qui rend leur performance d’autant plus vivante quand on y assiste en direct.

2) Des personnages féminins qui prennent en charge leur destin

Mais outre apprécier les voix incroyables des artistes d’ici et d’ailleurs, quel est l’intérêt d’aller voir par exemple La Tosca en 2017? Qu’est-ce que ce drame tragique en 3 actes adapté par Giacomo Puccini en 1900 peut être encore pertinent de nos jours? Je dirais que le personnage principal de la Tosca est, malgré l’époque, loin de l’image de la femme qui laisse le destin agir sur elle. On parle de libre-arbitre au féminin, de courage et aussi de femme-stratège. Qu’on le veuille ou non, *Attention, divulgâcheur à l’horizon* le personnage de la Tosca est très actuel, voir moderne, et prend en charge la situation dans une scène en particulier, ou elle décide de prendre un risque immense et d’encourir à la violence alors que la vie de son amant est en danger. Il est rare de nos jours dans le répertoire classique voir un personnage féminin refuser le rôle de victime et s’en prendre à son agresseur, alors que celui-ci ne s’y attend pas. Incarnant la femme assumée s’appartenant corps et âme, le personnage vaut le détour.

3) Des classiques revisités et des œuvres modernes surprenantes

La variété au sein de la programmation est un élément important quand on hésite à s’abonner. On souhaite pouvoir écouter assister à des histoires variés et venant d’époque différente. L’Opéra de Montréal relève ce défi avec sa programmation comprenant autant des œuvres classiques que modernes. La Cenerentola nous offre une version de Cendrillon revisitée, avec des variantes à l’histoire originale, qui vous feront redécouvrir ce conte, et vous feront tomber sous le charme de la voix de Julie Bouliane. Sur une notre plus contemporaine, l’œuvre JFK qui sera présentée en janvier 2018 et mis en scène par l’américain Thaddeus Strassberger, explorera le mythe du rêve américain à travers le couple présidentiel des Kennedy. Pour découvrir de nouveaux compositeurs, élargir votre répertoire ou savourer vos grands classiques, une nuit à l’opéra satisfera votre soif de culture et de dramaturgie, sans parler des décors riches et des costumes flamboyants qui vous feront rêver.

4) La musique de l’Orchestre Métropolitain

Composé d’une soixantaine de musicien, l’Orchestre Métropolitain est un ensemble incontournable dont la renommée se fait sentir jusqu’à l’international. Si vous allez à l’opéra, c’est principalement pour les entendre accompagner les chanteurs et apprécier la capacité de la musique à raconter des histoires, transmettre l’émotion au récit et suivre les personnages dans leur catharsis, puisque les moments d’intensité à l’opéra passe souvent par l’orchestre, qui remplit un rôle clef dans la compréhension d’une œuvre lyrique. Caché dans la fosse, en contrebas du manteau de scène, l’orchestre se fait discret et les spectateurs ne peuvent qu’entendre leur travail extraordinaire sans jamais les voir…à moins que vous soyez assis dans le parterre ou dans les loges.

Et s’il s’agit de votre première sortie à l’opéra, n’oubliez pas l’étiquette. L’opéra est une expérience tout en finesse et qui vous permet d’apprécier des performances de haut calibre. À la hauteur du spectacle, et pour rendre honneur aux artistes, porter une tenue de soirée est de mise. Laissez vos jeans dans votre tiroir et préparez-vous à sortir vos habits dignes des grands soirs.

Buona opera tutti!

(Bon opéra à tous)

Ci-dessous un aperçu du prochain opéra présenté le 11, 14, 16 et 18 novembre prochain.

Article écrit par Marie-Michelle Demers

Photo: Nicolas Du Lac