Brel symphonique: atteindre l’inaccessible étoile avec l’OSM

Mardi dernier, j’étais plus qu’impatiente de traîner mes pas jusqu’au seuil de la majestueuse Maison symphonique. L’occasion? Le concert Brel symphonique présenté par l’OSM.

La Quête, cette chanson culte, que j’ai mainte fois écoutée dans mon adolescence et qui me laissait avec des frissons à chaque fois, autant par son côté fou et désespéré et en même temps rempli d’espoir, je l’entendais dans ma tête en montant les escaliers menant vers mon siège situé dans la corbeille.

Je vous avoue que je n’avais pas d’attentes, sauf passer un merveilleux moment à écouter l’Orchestre symphonique de Montréal, avec à sa direction pour l’occasion, Simon Leclerc, un habitué des concerts unissant chansons et musique classique.

Le concert

Une fois bien engouffrée dans mon siège, j’admire la salle vaste et grandiose inaugurée en 2011, avec ses flans composés d’hêtre. Pouvant accueillir jusqu’à 1900 spectateurs, cette salle me laisse toujours agréablement stupéfaite du fait qu’elle possède une acoustique incroyable, qui rend le son avec justesse et netteté.

Maison symphonique

Après quelques instants les lumières se tamisent. On laisse donc place à Brel, à ses mots et sa musique rythmée et effrénée.

Dans ce concert, les artistes nous offre un répertoire varié. On pourrait s’attendre à écouter un répertoire connu du public, donc qui rassemble les grands succès de Brel tels La Quête et Ne me quitte pas. Mais l’orchestrateur de ce concert, Simon Leclerc, nous avait préparé un programme qui allait nous offrir des chansons moins connues, en plus des grands succès, question de surprendre mais aussi de plaire à un public déjà amoureux des mots de Brel.

Et j’avoue que j’ai été surprise par les chansons présentées, qui furent interprétées par Bïa, Pierre Flynn, Marc Hervieux, Luc De Larochellière, Catherine Major, Danielle Oddera, Bruno Pelletier, Paul Piché, Diane Tell et Marie-Élaine Thibert. Donnant leur propre couleur et s’appropriant les chansons du compositeur Belge, les interprètes ont tout de même livré leur performance en laissant une touche de Brel;  les ‘r’ roulés avec la langue, les voix presque brisées, la candeur des moments d’ivresse et une langue bigarrée et sans pudeur assumée.

Au suivant

Catherine Major, avec sa voix assurée, résolue et impérieuse, a donné une toute autre résonnance à la chanson Au suivant. L’expressivité était au rendez-vous et l’émotion était bien sentie et donnée au bon moment. Du côté de l’OSM, accompagner la chanteuse fut une occasion pour les percussions et les trompettes de se faire valoir. Le xylophone, ajoutant un brin de comédie à la chanson, donnait le ton juste à cet instant de musique abordant avec cynisme le malaise lié à l’acte sexuel sans amour. Cette chanson puissante et rythmée s’est d’ailleurs terminée de façon ludique, avec un coup de clochette donnée par l’interprète (ces fameuses clochettes qui sont utilisées pour faire passer ‘au suivant’ dans une file d’attente.)

Les remparts de Varsovie

Parmi les grands moment de la soirée, notons la chanson Les remparts de Varsovie, moins connue mais non moins enlevante que le reste du répertoire brelien, qui raconte l’histoire de ‘Madame’, une femme bourgeoise à l’accent russe et de ses aventures dans la capitale polonaise. Interprétée par Marie-Hélène Thibert, cette chanson a pris une tournure, une force et une impétuosité nouvelle avec sa voix au timbre puissant. Accompagnant celle-ci avec agilité et démontrant son savoir-faire, l’Orchestre symphonique de Montréal gardait le tempo avec constance, donnant aux élans de lyrisme une grande force et beaucoup de caractère. S’étant complètement appropriée la chanson, Marie-Hélène Thibert nous fait presque oublier la version originale. Je suis restée suspendue à chaque mot qu’elle chantait, captivée par l’histoire de ‘Madame’, tant son interprétation était authentique. 

Les bonbons et La Quête

Avec sa voix puissante à en faire tomber les étoiles, Marc Hervieux débarque sur scène gêné et regardant derrière lui, comme si on l’avait forcé à sortir des coulisses. Lors de son entrée sur scène, plaçant ses mains l’une dans l’autre, il a le regard espiègle, comme s’il voulait confesser un mauvais coup. Avec les premières notes de l’OSM, on devine que cette mise en scène est préparée pour la chanson Les bonbons, remplie d’innocence et de légèreté, qui offre alors une occasion inusité pour le chanteur ténor de jouer la comédie. 

Le clou du spectacle (et probablement la chanson la plus attendue du concert) était d’ailleurs réservé pour Marc Hervieux, qui a livré une performance intense et à la hauteur de la chanson culte, La Quête. Sa voix vibrante secouait les spectateurs, qui retenaient leur souffle à chaque phrasé, tremblant, murmurant tout bas les paroles oh combien de fois entendues à la radio.

L’OSM: accompagner le grandiose et la théâtralité

Le défi était de taille. Comment accompagner des chansons qui possède une forte charge théâtrale, avec des interprètes qui ont chacun leur façon de jouer et d’énoncer les phrases et les paroles de Brel? Parce qu’on ne chante pas Brel comme on veut. Ces chansons racontent des histoires, et pour raconter une histoire il faut donner des nuances, prendre des pauses, rythmer le tout et donner des émotions aux bons endroits. Dans cette gymnastique où selon les prouesses de l’interprète, les musiciens se devaient de s’adapter et parfois même d’improviser, Simon Leclerc a su mener l’Orchestre symphonique de Montréal jusqu’au bout avec l’adresse d’un funambule sur un câble tendu. Atteindre l’inaccessible, c’est aussi tout donner, et avec ce concert, l’OSM a su rendre hommage au célèbre compositeur et interprète belge.

À ne pas manquer!  Regardez la programmation complète de l’OSM pour 2017-2018

Kent Nagano et billet de concert

 

Article rédigé par Marie-Michelle Demers
Crédit – photo principale: Antoine Saito

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