Action Movie: Fast, Furious and Feminist

Dans la performance multidisciplinaire Action Movie, Julia Thomas, Emma-Kate Guimond et Aisha Sasha John de Wives, prennent le taureau par les cornes et décident de s’approprier les codes du film d’action.

C’est sur la scène du théâtre La Chapelle, le 30 janvier dernier, que le collectif féministe donnait sa première représentation. Se moquant de l’exagération et de la propension du cinéma Hollywoodien à encenser la virilité et la testostérone, les 3 danseuses tentent dans ce spectacle éclaté en anglais, de dénoncer avec tapages et humour la tendance des films d’action à banaliser la violence et à objectiver les femmes. Que ce soit le cliché de l’héroïne hypersexualisée, en passant par la femme objet et puis la sacrifiée, tuée pour la bonne cause en début de film, Wives tentent de redonner aux femmes le pouvoir qui leur revient dans cette production à la fois fantasmée et illustrant les chimères de l’égo masculin au sommet de sa décadence.

Un film d’action peut-il vraiment servir les personnages féminins ou alimente-t-il systématiquement des symboles de violence qui oppressent les femmes au quotidien? Peut-on réinventer le genre ou doit-on tout détruire pour mieux reconstruire un genre qui est peut-être révolu et qui nuit aux femmes?

Le spectacle hybride nous donne quelques pistes de réponse et exploite le côté abrasif des films pour servir nourrir leur message revendicateur. Quelles sont les limites d’exploitation des personnages féminins? Peut-on construire un film d’action intéressant sans qu’une femme soit l’objet, mais plutôt l’héroïne brillante et capable de se défendre? Les 3 danseuses, sont loin de la proposition inoffensive. Une séquence et un symbole à la fois, elles défont, tous les éléments des films d’action qui emprisonnent les femmes dans un moule, tout en tentant de les décortiquer devant nos yeux. 

Un format éclectique

À travers un atelier de sculpture spontané, des chorégraphies inspirées des grands classiques, des imitations de scènes de films d’action connues et de projections vidéos manipulées, les interprètes de Wives offrent un spectacle éclaté rempli de références et d’une créativité fulgurante.

Plusieurs exemples de scènes fortes, par leur vérité et leur capacité à ressortir les injustices quotidiennes nous viennent en tête. Par exemple, pour dénoncer les formes d’oppression courantes, les actrices fabriqueront à tour de rôle des armes à partir d’objets trainant sur la scène, tel des structures en styromousse, des chaines en plastique, des tuyaux en aluminium, dont l’utilité loufoque est révélée au micro par chacune des créatrices. Des armes peu orthodoxes, telle une sculpture mi-cigare, mi-canon, qui permet de déconcentrer ton patron dans une situation où des délais de production sont imposés.

Une chorégraphie inspirée grandement des grands classiques du genre, nous permet de voyager et de revoir plusieurs types de personnages illustrés dans les films d’action, tels les voleurs d’Ocean’s Eleven et les criminels du Batman. On a même droit à une reprise de la fameuse danse interprétée par Uma Thurman et John Travolta dans le film Pulp Fiction.

Décortiquer le langage de la domination masculine

Se transformant en véritables Cherry Darling, la fameuse héroïne à la jambe-mitraillette imaginée par Tarantino, les 3 danseuses n’épargnent aucun symbole ni aucun scénario et dénoncent toutes les formes d’oppression et tous les préjugés. Sans oublier que tous ces symboles ne parlent jamais d’elles, comme si les femmes étaient englouties par des clichés, les montrant souvent comme des êtres sans signifiance et passives.

En parodiant et en réinventant les codes de ce cinéma masculin et machiste, ce spectacle pose des questions importantes. Les films d’action peuvent-ils faire une propagande positive pour les femmes? Peut-on libérer les femmes des mises en scène et des symboles phalliques (qui sont légion)?

On sort de ce spectacle avec une conscience plus aiguisée de la représentation des femmes dans les films d’action et à quel point celles-ci frôlent trop souvent l’absurde. Et aussi (il faut en rire), cette obsession dans les films de projeter une image des hommes qui soit virile, violente et qui les montre comme des obsédés de vitesse, des monstres d’ego carburant aux risques inutiles (comme rouler à plus de 200 km/h dans une course de rue, pour gagner la fille-trophée).

Avec cette performance parfois déroutante, absurde et dont les séquences sont enchainées dans une forme de chaos contrôlé, les trois interprètes font un pied-de-nez au dictat machiste qui écorche les femmes dans les films d’action. Mais comme le dit si bien le Joker dans The Dark Knight, scène reprise dans Action Movie, défaire un phénomène qui est normalisé depuis longtemps n’est pas chose facile :« You know what, you know what I noticed? Nobody panics when things go according to plan. Even if the plan is horrifying. If tomorrow I tell the press that like a gang banger, will get shot, or a truckload of soldiers will be blown up, nobody panics, because it’s all, part of the plan. But when I say that one, little old mayor will die, well then everyone loses their minds! »  À un point tel, que parfois il est difficile d’identifier l’injustice, tant elle est acceptée par la majorité. On ne peut ignorer cette réalité, surtout lorsque l’hégémonie mondiale élit un homme riche et blanc à la tête du pays, après que celui-ci se soit vanté publiquement de saisir des femmes par leurs parties intimes. Entre la fiction et la réalité, la ligne est parfois mince. Certains personnages réels dépassent parfois l’imaginaire.

Article écrit par Marie-Michelle Demers
Crédit photo: Manoushka Larouche

Ci-dessous, une entrevue du magazine Vice.

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