Une mort accidentelle: Osso Buco, meurtres et mensonges

Un meurtre.

Et des mensonges en série pour dissimuler cet acte sordide.

Comment cacher l’acte perfide et réussir à convaincre qu’il ne s’agissait que d’un moment de folie? Il faut un alibi, une mise en scène et des complices prêts à assumer un rôle précis. Mais que fait-on lorsque les mensonges s’écaillent, que les masques tombent et que les bas instincts prennent le dessus pour enfin laisser place à la folie? La pièce Une mort accidentelle (ma dernière enquête) présentée à la Licorne le 17 janvier dernier, nous dévoile les artifices créés par Philippe, artiste populaire adulé, afin de dissimuler un meurtre qui lui coûterait sa carrière.

Mentir pour sauver sa peau

Le mensonge est illustré à différent niveau dans cette pièce écrite par François Archambault. Au fil des scènes, les personnages s’enfoncent peu à peu dans leurs fabulations et finissent par croire à leurs chimères, rompant ainsi graduellement tout lien avec la réalité. Pour Philippe, sa quête de popularité et de réussite est si importante que sa conception du vrai et du faux vit une profonde distorsion. À un point tel, que lui-même n’arrive plus à faire la différence entre la vérité et les mensonges qu’il sert à ses parents et à l’enquêteur, respectivement. Le texte d’Archambault nous ouvre la porte d’accès aux  coulisses du crime et nous fait voir sans pudeur, les mensonges et les subterfuges utilisés par le meurtrier et ses alliés pour dissimuler le crime et sauver les apparences. L’interprète de Philippe, Pierre-Yves Cardinal, joue très bien le côté imprévisible, obsessif, névrosé et faussement troublé du personnage, ce qui rend la prémisse hautement crédible. Son interprétation ne nous laisse jamais anticiper la suite, ce qui sert très bien le suspense dans ce spectacle mélangeant absurde et humour noir.

Mettre en scène le crime parfait

Au moment précis où Philippe avoue à ses parents avoir accidentellement tué Lucie, la pièce devient une série de mises en abyme habilement enchaînée où les parents de Philippe et lui-même mettront en scène le mensonge, qui devra à la fois lui éviter la prison et sauver sa carrière.

Le père, croyant à bonne foi de son fils, décide de l’aider à camoufler le crime. L’alibi de Philippe sera, d’ailleurs, fourni par celui-ci : Le légendaire osso buco concocté par sa mère l’aura retenu à souper chez ses parents le soir du meurtre. Toutefois, l’enquêteur dépressif et cynique, Jeff Dubois (Stéphane Jacques, qui semble adorer son rôle), devine très tôt que Philippe n’est pas blanc comme neige…

Névroses et humour noir

Plus la pièce progresse, plus la névrose et la folie se font sentir chez chacun des personnages qui s’asphyxient dans leurs mensonges au gré des scènes. Les personnages sont si déconnectés de la mort de la pauvre Lucie, esclaves à leurs  aspirations de popularité ou bien de succès professionnels, que les scènes de deuil en deviennent complètement absurdes et irréelles. Le meilleur exemple se déroule lors de la conférence de presse annonçant la mort de Lucie alors que la mère de celle-ci, aussi gérante de Philippe, profite de l’occasion pour lancer le nouveau disque de son gendre et son « single » dédié à la mémoire de la défunte.

L’humour noir est aussi mis à profit afin de critiquer nôtre obsession pour le vedettariat. La scène où le personnage de la journaliste Mona Louvain parle du design du chalet du couple plutôt que du meurtre illustre très bien cette adulation que nous avons pour la vie des gens riches et célèbres.

Exister à travers des likes

Dans cette histoire de meurtre, lorsqu’il en va de son image, la fin justifie les moyens! Chaque personnage vivra par ce dogme, certains allant plus loin que d’autres, mais tous se dirigeant droit vers la catastrophe.

Philippe est d’ailleurs si vaniteux et obnubilé par les apparences et l’opinion que les gens ont de lui, qu’il épluche du regard chacun des statuts Facebook laissés par les abonnés de Lucie.

Véritable critique sociale de notre obsession de l’image, ce spectacle est habilement ficelé et nous tient en haleine jusqu’à la fin, avec une touche d’humour en plus. À voir absolument!

*À voir entre amis jusqu’au 25 février à La Licorne

Article écrit par Marie-Michelle Demers
Crédit photo: Suzane O’Neill

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