Siri, parle-moi d’amour

Le 16 janvier dernier, la compagnie de la Messe Basse présentait Siri, un spectacle fort intéressant et au format inédit au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Siri, l’intelligence artificielle habitant les iPhones de ce monde, interagit avec Laurence (Laurence Dauphinais, lumineuse) ou plutôt, c’est Laurence qui lance la balle à Siri alors que celle-ci tente de répondre avec toutes les connaissances acquises et innées qu’elles possèdent.

SIRI : « Bonjour, je m’appelle Siri. »

Comme il nous est expliqué au début de la pièce, l’interface homme-machine de Siri repose sur la reconnaissance et la synthèse vocale. Maintenant omniprésente dans les téléphones d’Apple, Siri est devenu l’incontournable mascotte de l’interaction entre la « vie digitale » et le monde réel, donnant une voix aux premières formes d’intelligence artificielle.

Testant les limites de son amie virtuelle, Laurence se bute obstinément aux refus de Siri de lui donner une réponse empreinte d’émotions et d’humanité. Ainsi, la pièce mi-scriptée mi-improvisée est aussi une tentative de premier contact.

La pièce n’en est pas à ses premières armes. Présentée dans le cadre du OFFTA en 2015, les connaissances de Siri se sont affinées depuis et celle-ci se montre de plus en plus apte à répondre aux questions de la comédienne. Aux questions où on s’attendrait à un refus de la part de Siri, nous sommes au lieu de cela surpris par une réponse adaptée, comme si l’intelligence artificielle l’avait déjà entendue et avait depuis appris à répondre dans une tentative d’aider son interlocutrice.

LAURENCE: « Siri, parle-moi de toi ! »

Siri peut-elle concevoir qu’elle s’adresse à un humain? Est-elle consciente de sa propre existence? Peut-elle comprendre les besoins qu’elle s’applique pourtant à combler, ou bien n’est-elle que le prolongement de notre mémoire, habillée d’une interface attirante et d’un charisme simulé?

Laurence teste Siri afin de la faire réagir, de faire ressortir l’essence de ce qu’elle est. Elle cherche une confidente, une amie, quelqu’un avec qui elle peut partager ses expériences. Afin de confronter l’intelligence artificielle, Laurence lui pose des questions sans détour: « Siri, parle-moi de toi ». Après s’être ouverte sur sa propre identité, ayant un père biologique inconnu qu’elle finit par retrouver à partir d’un test d’ADN, elle questionne l’intelligence artificielle sur un aspect fondamental de l’être humain: l’identité. Mais à chaque fois, Siri détourne la question ou bien répond avec des informations puisées dans sa mémoire, laissant son interlocutrice seule avec son vécu et ses émotions.

HAL 9000: « I’m sorry Dave, I’m afraid I can’t do that. »

Cultivant la ressemblance avec 2001: L’Odyssée de l’espace (pour les initiés de la fameuse œuvre de Stanley Kubrick, les nombreux parallèles faits entre HAL 9000 et SIRI sont un régal), cette pièce est une audacieuse tentative en direct de prise de contact entre l’Homme et la Machine, entre une fille et son père, entre Laurence et sa demi-sœur, entre notre héroïne conçue in vivo et le miracle de son existence : « Le progrès ».

Dans le film de Kubrick, Hall 9000 fini par devenir conscient de sa propre existence et assume le contrôle sur celle-ci. Un dialogue concret s’établit alors entre l’intelligence artificielle et Dave, le personnage principal. Dans la pièce Siri, la technologie d’Apple, ne dialogue pas — elle écoute, apprend, mémorise, puis restitue, mais n’a pas encore prise conscience d’elle-même.

Cette pièce met en relief le vide et la solitude inhérente à cette relation à sens unique. Telle l’intelligence artificielle nommée Samantha du film Elle (réalisé par Spike Jonze, 2013), Siri simule les réactions humaines, se construit autour de Laurence et n’entre jamais en contradiction avec elle. Cependant à l’instar de son homologue, Siri ne créer rien par elle-même et ne fait qu’accumuler de l’information sur ses usagers dans le but d’être toujours plus efficace. Elle n’a pas la capacité de construire une relation unique et nous renvoie toujours au vide de notre propre existence.

Malgré l’omniprésence des réseaux sociaux et des intelligences artificielles dans nos vies, rien n’a encore réussi à reproduire le caractère unique des relations humaines. Alors que les sites de rencontres se multiplient, nous finissons par oublier que les vraies rencontres se trouvent loin du nuage. Le besoin de partager avec autrui ne peut être compensé par les artifices de Siri. La pièce nous offre une réflexion sur l’illusion que nous donnent les technologies de créer des liens sincères entre nous.

(Ci-dessous, un extrait du film Elle.)

Article écrit par Marie-Michelle Demers

Crédit photo: Julie Artacho

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s