Au-delà des murs des hospices

Le 15 décembre dernier, j’ai eu le plaisir de découvrir la pièce Les Héros produite par la Compagnie Jean Duceppe.

Écrite par Gérald Sibleyras, elle nous ouvre les portes d’un monde que l’on a peu l’occasion de voir au théâtre: les résidences pour personnes âgées.

À quoi rêve-t-on lorsque l’on a survécu à la guerre? Que la vigueur de nos jeunes années sont derrière nous et que désormais, le corps nous abandonne tranquillement, nous laissant affaibli physiquement, mais vif d’esprit et lucide?

Mise en scène par Monique Duceppe, cette oeuvre nous donne une leçon de courage avec ses trois Héros, incarnés par Michel Dumont, Marc Legault et Guy Mignault.

Duceppe: l’institution

Je ne peux pas passer à côté du lieu où est présentée la pièce de ce soir. La salle du Théâtre Jean-Duceppe est chargée d’histoire. En entrant sur le tapis rouge déployé pour la première, on sent que les murs ont vu bien plus qu’il ne le montre. Avec ses photos montrant les différents spectacles produits par la compagnie au fil des années (plus de 224), le hall de ciment brute porte littéralement l’histoire de DUCEPPE.

Jean Duceppe

La Compagnie prend son envol lorsque Jean Duceppe décide de présenter à Montréal les œuvres Charbonneau et le Chef et la mort d’un commis voyageur en 1973. Souhaitant donner une place d’importance aux œuvres nationales, Jean Duceppe veut aussi faire découvrir aux Québécois les grandes œuvres contemporaines: Arthur Miller, Tennessee Williams ainsi que John Steinbeck font partie du répertoire. Toutefois, l’objectif premier de Jean Duceppe est surtout de donner au peuple québécois un théâtre dans lequel il se reconnaît et peut s’identifier. Insoumis et audacieux, il refuse que le théâtre appartienne à une élite. Il se doit de refléter la réalité du peuple québécois et même la célébrer.

Théâtre Jean Duceppe

Suite au décès de Jean Duceppe, ce théâtre appelé initialement Théâtre Port-Royal, sera renommé en 1991, en hommage à celui qui fut à la fois acteur, producteur, créateur et visionnaire. Ce changement d’importance viendra souligner l’immense contribution de ce géant, qui aura voulu toute sa vie offrir des pièces empreintes de vérité et qui puisse défendre les causes sociales et culturelles touchant les Québécois.

Les Héros: 3 vieux en cavale

Imaginez 3 hommes âgés, ayant traversés la Première Guerre mondiale, le premier plutôt grincheux et qui souffre du syndrome de stress post-traumatique, le second qui perd connaissance à répétition et le dernier qui marche en claudiquant.

Tous trois vivent ensemble dans un hospice et passent la majeure partie de leur temps à se partager une jolie terrasse de pierre, qui accueille leurs rêvasseries et tracas.

Amis, se soutenant dans leurs épreuves quotidiennes, ils refusent de se plier à la réalité qui les confine entre les quatre murs d’une résidence pour personnes âgées. Épris de la vie et des petites choses, chacun rêve de vivre une dernière aventure, sentiment aggravé par l’état déclinant de Philippe; un morceau d’obus logé dans le cerveau lui fait perdre connaissance de plus en plus fréquemment.

Parfois dans le déni par rapport à leur âge, ils réalisent tous, ébranlés par certains événements (soit le décès d’un des résidents joint à celui de la sœur d’un des trois vétérans), qu’ils ne sont pas prêts à tirer leurs révérences et lâcher prise sur les plaisirs que la vie a à offrir. Au contraire, ils souhaitent encore vivre plus que jamais, et ce, même si cela implique certains risques. Leur objectif? S’évader des quatre murs de leur résidence et de l’emprise de sœur Madeleine, pour rejoindre la fameuse colline couverte de peupliers…

Une mise en scène bien sentie

Touchant un sujet plutôt sombre, soit le vieillissement et l’isolement, la pièce est pourtant tout sauf tragique. S’accrochant à l’idée qu’ils ne sont pas encore de vieux croulants bons pour la tombe, les 3 personnages décident de créer leur propre univers, un univers où ils peuvent encore rêver et construire.

Cette envie de légèreté, malgré la lourdeur des murs de l’hospice, leur est inspirée par le vent dans les feuilles de peupliers, incarnation même de ce qu’ils sont; légers, vivants et toujours animés par les plaisirs de l’existence.

La mise en scène sert les 3 acteurs et permet au spectateur de rêver avec les personnages. On ne peut qu’être touché par ces trois vieux qui défient la mort en échafaudant un plan plutôt maladroit mais audacieux, afin de s’enfuir du lieu qui les accueille et les oppresse, à la fois. Le moment où nos trois frères d’armes tentent de s’attacher avec une corde, afin de pouvoir se soutenir si l’un d’eux tombe en chemin, est une belle illustration des liens forts les unissant.

De plus, chacun de leur handicap combiné à leur volonté d’accomplir leur projet, rendent plusieurs scènes fort hilarantes. Le personnage de Philippe qui se réveille de ses évanouissements en criant « Capitaine, Capitaine! On les prend par-derrière! Par-derrière, par-derrière! », amorcera plusieurs situations loufoques, par le double sens de la réplique, mais surtout parce que celui-ci s’évanouit très souvent en plein milieu d’une phrase!

Cette pièce est une révélation pour moi qui est habituée de voir des œuvres plutôt tragiques. Les Héros, c’est un spectacle lumineux et drôle, arrivant juste à point pour le temps des Fêtes.

Si vous souhaitez assister à la pièce, celle-ci est présentée jusqu’au 4 février.

Pour un aperçu, regardez l’extrait vidéo ci-dessous:

Article écrit par Marie-Michelle Demers

 

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