Cachez ce sexe que je ne saurais voir

Depuis le passage de « La tentation et de la chute » (3.1-24) illustré dans la Genèse, le sexe de la femme dérange. Mais pourquoi veut-on à tout prix le cacher et pourquoi la sexualité féminine provoque-t-elle autant? Peu importe les religions ou les époques, on a longtemps condamné la sexualité féminine comme si cela pouvait mettre en péril un équilibre moral d’ores et déjà mis en danger. La pièce Des Promesses, Des Promesses, présentée à la Licorne du 1er au 19 novembre, met le doigt sur un sujet épineux, soit le rôle de la religion dans la condamnation millénaire du sexe féminin comme objet d’outrage, de tentation et de provocation. Les femmes portent-elles encore, bien malgré elles, le fardeau du péché originel? La pièce répond avec une histoire. Soit celle de Miss Brodie.

Un personnage féminin fort et assumé

Dans cette oeuvre écrite par l’auteur écossais Douglas Maxwell et traduite par Maryse Warda, la sexualité féminine est abordée de façon troublante et sensible. Incarnée par Micheline Bernard (excellente, assumée et drôle) Miss Brodie assume pleinement sa sexualité et ses choix, bien que l’on sente une once d’amertume en elle lorsqu’elle aborde son passé. On soupçonne qu’un événement lié à la religion a chamboulé sa vie. On l’entend parler de sa soeur, de la culpabilité liée à ses premiers désirs d’adolescente, de la religion et de son père, stricte et rigide. Bien qu’ayant les airs d’une personne arrêtée et conservatrice, on découvre tout au long des scènes, un personnage fort mais sensible et fragilisé par ses expériences.

Le poids du silence

L’arrivée d’une nouvelle élève somalienne (Rosie) dans sa classe viendra chavirer sa vision du monde et son rôle de femme adulte. Rosie est en effet une enfant bien particulière. Rosie ne parle pas et cela cause problème, puisque certains représentants de la communauté de la jeune fille la disent possédée. Croyant à la supercherie, Miss Brodie tentera de comprendre pourquoi la jeune fille ne parle pas.

Un secret qui dérange

Une force qui dépasse les barrières culturelles et la hiérarchisation des rôles sociaux unira alors Miss Brodie et Rosie, qui agira comme un miroir transcendant sur cette dernière. Se retrouvant en Rosie, l’enseignante sera alors confrontée à ses propres démons. Bien qu’étant seulement une enfant, Rosie connaît déjà le poids de sa sexualité et de son sexe, et porte un lourd secret qu’elle finira par confier à Miss Brodie. Celle-ci sera alors confrontée à un dilemme moral, puisque la jeune fille lui demandera de promettre de ne jamais parler de ce secret. Ce pacte de silence deviendra alors un acte de résistance devant l’injustice de ce qu’on leur a fait subir et unira les deux êtres jusqu’à la fin de l’histoire, pour le meilleur aussi bien que le pire. La pièce nous offre un aperçu du pire, dans un grand éclat surprenant et dramatique où Micheline Bernard offre une grande performance d’actrice en soutenant un personnage révolté, défait, sensuel, revendicateur…et assoiffé de justice.

Pourquoi aller voir ce spectacle de théâtre?

  • Pour la mise en scène rythmée du monologue réalisée par Denis Bernard. Pour la touche sensuelle de Miss Brodie dans ses déplacements, son affaissement dans certaines scènes, son retour à l’abreuvoir pour se ressourcer, montrant bien que le personnage cherche son énergie. Elle se bat pour faire résonner son passé dans la situation présente et la mise en scène rend bien ce combat pour se retrouver elle-même;
  • Le jeu de Micheline Bernard tout en crescendo. La révolte se bâtit tranquillement au fur et à mesure que le personnage de Miss Brodie découvre le degré de gravité de l’injustice vécue par sa jeune élève. La transformation se fera lentement mais sûrement dans le jeu de la comédienne et rendra grâce au moment le plus dramatique de la pièce. De l’état de femme qui subit à l’état de femme qui se fait justice de façon symbolique, on voit graduellement, d’une scène à l’autre, toute une gamme d’émotions rejaillir; de la raison, jusqu’à la folie, en ajoutant à cela une touche d’autodérision et de sarcasme;
  • Pour découvrir un auteur contemporain talentueux, Douglas Maxwell, mais pourtant peu connu et un texte mordant et intelligent!

La pièce Des Promesses, Des promesses est présentée jusqu’au 19 novembre prochain, au Théâtre La licorne, situé au 4559 avenue Papineau, Montréal.

Bon spectacle à tous!

 

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